Expert technique, huissier, avocat : collaboration de 3 métiers, utile pour résoudre efficacement un litige

Protection du client par une collaboration entre expert technique, huissier et avocat
Le client au centre d’une protection mutuelle : expert technique, huissier et avocat agissent en synergie.

Introduction : un trio souvent décisif… mais un point d’entrée incontournable

Dans la gestion d’un litige technique (malfaçon, sinistre, désordre structurel…), plusieurs professionnels peuvent être sollicités. Trois métiers apparaissent comme complémentaires : l’expert technique, le commissaire de justice (anciennement huissier) et l’avocat.

Mais complémentarité ne signifie pas interchangeabilité. Chacun a ses compétences propres, ses limites, et son rôle. Et dans la grande majorité des cas, tout commence par l’expertise technique, qui structure et fonde toute la suite du processus. 👉 Quel type d’expert choisir ?


Cas concret : un désordre urgent impose une action rapide

Prenons l’exemple d’un balcon fissuré en façade d’immeuble. Un locataire s’inquiète pour sa sécurité, le syndic est alerté, mais le promoteur ou l’entreprise restent silencieux.

Dans ce contexte, le commissaire de justice, l’expert et l’avocat ont chacun un rôle à jouer, dans une chaîne d’action qui doit être rapide, cohérente et juridiquement solide.


Le commissaire de justice (ex-huissier) : constater, mais pas analyser

Le commissaire de justice (nouvelle appellation des huissiers depuis 2022) est un officier ministériel. Cela signifie que ses constatations ont force probante, comme un jugement ou un acte notarié. Il est mandaté pour figer une situation, documenter un état de fait, et produire un procès-verbal incontestable, notamment utile en justice.

Mais attention : le commissaire constate, il n’analyse pas. Il n’est pas technicien du bâtiment.

👉 Exemple : sur un balcon fissuré menaçant de s’effondrer, l’humidité visible ou les fissures apparentes ne suffisent pas à qualifier le danger. C’est l’analyse des armatures présentes dans le béton qui permettra de statuer : diamètre des aciers, espacement, disposition selon les zones de traction, masse d’armature par m³ de béton… autant d’éléments que seul un expert est en mesure d’interpréter techniquement. 👉 Organiser une expertise contradictoire amiable

Un commissaire de justice ne pourra ni les identifier, ni les interpréter correctement, ni les faire ressortir utilement dans son constat sans orientation spécifique.

Or dans un cas critique, il peut être nécessaire de faire démolir immédiatement le balcon, pour sécuriser les occupants ou les passants, sans pouvoir attendre les 21 jours habituellement observés pour respecter le contradictoire.

Dans ce genre de situation, le risque est de détruire des preuves techniques essentielles (ferraillage, nature du béton, structure interne). La présence de l’expert est alors indispensable pour guider le commissaire de justice, en lui indiquant précisément ce qui doit être constaté, où et comment, avant que les travaux d’urgence ne rendent tout examen impossible.


L’expert : le point d’entrée, l’analyse, la proposition

L’expert technique est le seul à pouvoir :

  • identifier un désordre,

  • en rechercher les causes,

  • proposer une méthodologie de reprise ou de sécurisation,

  • et en parallèle, préparer le terrain à une résolution amiable ou judiciaire.

Dans une expertise contradictoire amiable, il convoque les parties, produit un rapport neutre, factuel, documenté, qui peut à lui seul permettre un accord amiable, voire servir de base solide en justice. 👉 Travaux non conformes : 5 solutions efficaces

C’est aussi l’expert qui évalue si l’intervention d’un avocat ou d’un commissaire de justice est nécessaire, à quel stade, et pour quoi faire. Il tient donc une place stratégique dans l’instruction d’un litige, et reste, dans bien des cas, l’interlocuteur initial et central.


L’avocat : encadrer juridiquement, sans remplacer l’expertise

L’avocat intervient en soutien juridique du dossier. Il peut assister une partie :

  • pendant l’expertise amiable, pour assurer la défense de son client,

  • ou après, pour transformer le rapport en argumentation juridique.

On pense parfois, à tort, que l’avocat est le seul compétent pour rédiger un protocole d’accord amiable. Ce n’est pas exact. En réalité, de nombreux accords transactionnels sont rédigés directement par les experts eux-mêmes, lorsqu’ils disposent de l’expérience et de la méthode appropriée.

L’avocat reste toutefois utile pour :

  • prendre le relais judiciaire en cas d’échec amiable,

  • ou intervenir sur des aspects juridiques dépassant clairement le périmètre de l’expertise technique.

C’est notamment le cas lorsque l’expertise débouche sur des demandes d’indemnisation en dommage corporel : évaluation de préjudices personnels, assistance tierce personne, souffrances endurées, perte d’autonomie…
Même si l’expert peut initier la démarche ou proposer des estimations forfaitaires, le concours d’un avocat spécialisé est souvent préférable, tant les enjeux et subtilités juridiques sont élevés.

Autre exemple : certains dossiers d’expertise technique peuvent avoir des répercussions en matière de droit successoral. Par exemple, lorsqu’un désordre affectant un bien immobilier transmis par héritage n’a pas été révélé à l’ensemble des cohéritiers, ou au contraire est exagéré pour tenter de minorer la valeur successorale. Dans ce type de cas, la technicité du rapport d’expertise doit être traduite juridiquement, et c’est là qu’un avocat spécialiste du droit des successions peut intervenir efficacement, en complément du travail de l’expert.

⚠️ Il est aussi important de noter que le recours à un avocat devient souvent impératif lorsque la partie adverse en est déjà assistée elle-même. Dans ce cas, pour préserver l’équilibre du débat et ne pas se retrouver désarmé face à un conseil juridique formé à la procédure, la présence d’un avocat est vivement recommandée.

👉 Par ailleurs, les avocats peuvent entrer en contact directement entre eux, en toute confidentialité, dans le cadre de discussions en vue d’un accord. Ce type d’échange est protégé par le secret des correspondances entre avocats, un principe déontologique qui interdit à un avocat de révéler le contenu des échanges confidentiels avec son confrère sans autorisation expresse. Ce cadre protège les parties et encourage des négociations franches sans conséquences procédurales en cas d’échec.


L’expert choisit aussi l’avocat… en fonction du dossier

Un autre aspect fondamental de la collaboration entre expert et avocat réside dans le choix judicieux de l’avocat, en fonction des spécificités techniques et juridiques du litige.

En effet, tous les avocats ne se valent pas sur tous les terrains : il ne suffit pas d’avoir un « bon avocat », il faut un avocat adapté au dossier. Certains sont spécialisés en droit immobilier, d’autres en assurance, en responsabilité civile, ou encore en dommage corporel.

🎯 C’est souvent l’expert qui détermine l’orientation du dossier, et donc le type de spécialisation requise pour l’avocat. Il connaît les enjeux techniques, les responsabilités possibles, et les risques juridiques.

👉 Exemple réel (anonymisé) : dans un dossier complexe de dégât des eaux mal pris en charge par un assureur, l’inaction prolongée a conduit à la chute de l’occupante âgée, provoquant de graves blessures et plusieurs hospitalisations. Le litige ne se limite plus à une indemnisation matérielle : il porte aussi sur la faute de l’assureur et sur la réparation du préjudice corporel subi. 👉 En savoir plus : type d’expert adapté


Trois métiers, trois compétences, aucune substitution possible

Il est essentiel de rappeler que :

  • Le commissaire de justice constate, mais ne comprend pas toujours ce qu’il doit viser.

  • L’expert analyse, mais ne donne pas une valeur juridique exécutoire à ses constats.

  • L’avocat défend, mais ne sait pas lire un désordre technique sans appui.

🔗 Aucun de ces professionnels ne remplace les autres. Même un très bon avocat ou un commissaire expérimenté ne peuvent instruire seuls un dossier technique. Et l’expert, même aguerri, ne revendique ni autorité ministérielle, ni compétence juridique contentieuse.


Conclusion : un trio efficace, mais un chef d’orchestre

Dans la majorité des litiges techniques, tout commence avec l’expert. C’est lui qui identifie les faits, propose des solutions, évalue la gravité, et oriente la procédure si besoin vers un avocat ou un commissaire de justice.

Chez AEstima, cette vision guide notre travail. Lorsque cela s’avère nécessaire, nous collaborons avec des avocats ou des commissaires de justice choisis selon les besoins spécifiques du dossier, dans un souci d’efficacité et de complémentarité — toujours en maintenant notre rôle central d’expert indépendant.


📍 Trouver un commissaire de justice : pour organiser un constat ou figer une situation avant expertise, vous pouvez rechercher un professionnel habilité via l’annuaire officiel des commissaires de justice (anciennement huissiers) :
👉 https://commissaire-justice.fr/annuaire-resultats/

📍 Trouver un avocat adapté à votre litige : selon la nature de votre dossier (immobilier, assurance, succession, dommage corporel…), vous pouvez consulter l’annuaire officiel des avocats de France, publié par le Conseil National des Barreaux :
👉 https://www.cnb.avocat.fr/fr/annuaire-des-avocats-de-france

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